Numéro Eté 2015

Races, inégalités et opportunités économiques : comment change la carte des Etats-Unis

Races, inégalités et opportunités économiques : comment change la carte des Etats-Unis

Après le décès en avril 2015 de Freddie Gray, un Afro-américain de 25 ans, suite aux blessures reçues lors de sa détention par la police de Baltimore, et depuis les émeutes qui ont suivi dans cette ville, l’Amérique s’interroge à nouveau sur les questions d’inégalité raciale. L’essentiel de la discussion porte sur les brutalités policières, les perceptions de racisme et sur d’autres facteurs qui sont au cœur des préoccupations des élites progressistes, très vocales. La conjonction de ces divers facteurs sociaux est vue comme une « catastrophe pour l’Amérique », pour citer les propos d’un journaliste célèbre, Tavis Smiley, dans la revue Time Magazine. En revanche, bien peu d’attention a été accordée aux conditions de fond qui déterminent la mobilité sociale au sein des minorités, qu’il s’agisse des Afro-américains, des Latinos ou des Asiatiques. Pour étudier cette notion d’opportunité pour les minorités (racial opportunity), Wendell Cox, du Centre d’étude de l’urbanisme comme facteur de mobilité sociale (le Center for Opportunity Urbanism, basé à Houston) et moi-même avons mis au point un classement qui porte sur quatre facteurs décisifs : la structure des mouvements...

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Cinéma : l’éthique au temps des catastrophes

Cinéma : l’éthique au temps des catastrophes

Bien sûr, il est aisé de disqualifier une réflexion qui prétendrait au sérieux en prenant pour objet une forme artistique généralement considérée comme inférieure. Il est vrai que la pensée française sur l’art et la littérature présuppose l’idée d’une hiérarchie entre les genres dont elle n’a pu se défaire depuis le XVIIIème siècle. Il s’agit pourtant d’une survivance de cette période lointaine davantage que d’un principe qui doit nécessairement guider l’appréciation des œuvres : que l’on pense à d’autres traditions, celle des États-Unis par exemple, et l’on verra que les distinguos subtils entre les types de productions artistiques, qui sont dans le domaine de l’esprit ce qu’étaient les titres de noblesse dans la société d’Ancien Régime, n’y ont pas davantage d’existence que les pairs de France ou les ducs à brevet dans le Wisconsin. De l’autre côté de l’Atlantique, le roman policier n’est pas structurellement considéré comme inférieur au roman psychologique, l’autobiographie à la littérature post-apocalyptique, des dignités diverses ne s’attachent pas aux œuvres en fonction de leur appartenance générique : il y a du récit, de la littérature, bonne...

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Entretien avec un médecin de la banlieue parisienne (19 juillet 2015)

C’est un peu par hasard que nous avons rencontré celle que nous appellerons le Docteur X, médecin installé dans une ville de la région parisienne qui comporte plusieurs “cités sensibles”, selon l’expression consacrée. Comme tous les témoignages, le sien doit être mis en perspective : c’est sa perception, isolée, fragmentaire, la réalité, les situations étant toujours plus complexes que ce que l’on en voit de son angle à soi, mais il lui a semblé important de nous la communiquer, et il nous a paru intéressant de la publier.  Ndlr. _______________________________________________________ Vous exercez ici depuis combien de temps ? Cela fait 25 ans, c’était mon premier cabinet. Donc vous connaissez très bien l’endroit ? Oui, je connais très bien la vie quotidienne dans une banlieue où il y a beaucoup de français d’origine maghrébine et quelques français d’origine africaine, d’Afrique noire. Qu’est-ce qui s’est passé en janvier? Comment a-t-on vécu les événements autour de vous ? Suite aux attentats de Charlie-Hebdo et du supermarché Kacher, cela a été très tendu en fait, parce que beaucoup de gens se sentaient très stigmatisés et...

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« Sauver les médias » ou les limites du caritatif

« Sauver les médias » ou les limites du caritatif

Le petit ouvrage de l’économiste Julia Cagé, Sauver les médias, a le grand mérite de rappeler les difficultés qui ne cessent de nuire aux journaux nationaux ou locaux et de les mettre en perspective. Il est moins convaincant dans les solutions qu’il propose. Un constat précis et attristé Le constat tout d’abord. Désaffection des lecteurs, concurrence du numérique, coûts fixes élevés, ingérence des actionnaires malgré les chartes proclamant l’indépendance, moindre qualité du rédactionnel faute de moyens… Et surtout cette culture de la gratuité qui s’est répandue alors que les chiffres d’affaires publicitaires sont loin de remplacer les recettes tirées des ventes au numéro et des abonnements… Julia Cagé repère ces évolutions, en France et aux Etats-Unis principalement, mais l’on sait que le mouvement touche tous les pays. L’économiste ajoute que cette crise intervient dans un secteur par nature fragile : « les médias sont une industrie à forts coûts fixes et ces coûts fixes sont fonction de la qualité (ou de la quantité) de l’information produite. Ils font face à ce que l’on appelle des rendements d’échelle croissants : les coûts de...

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La question Snowden – Citizenfour au cinéma

La question Snowden – Citizenfour au cinéma

Dans une sorte de jeu de pistes, l’informateur anonyme qui se fait appeler « Citizenfour » mène la documentariste Laura Poitras des États-Unis à Berlin, et finalement à une chambre d’hôtel de Hong Kong. Là elle doit rencontrer celui qui, avant de tirer la sonnette d’alarme1 l’avertit en ces mots : « Je serai sans doute mis en cause immédiatement. Cela ne doit pas vous dissuader ».  Que propose-t-il en contrepartie du risque qu’elle s’apprête à prendre? Qu’a-t-il donc à offrir de si convaincant ? Il a en sa possession des informations dont les Américains doivent avoir connaissance. Le directeur de l’Agence nationale de sécurité américaine (NSA), le Général Keith Alexander, « a menti au Congrès, et je peux le prouver» dit-il. Keith Alexander a affirmé sous serment que la NSA ne s’est jamais livrée à des opérations massives de surveillance civile, alors même que ces pratiques ont cours sur le sol américain sous les noms de code « PRISM » et « XKeyscore ». Citizenfour est aussi en mesure de prouver que tout comme le Général Alexander, le Général James Clapper, directeur du renseignement, a pris certaines distances...

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