Numéro Automne 2016

La violence raciale en noir et blanc

blacklivesmatter

Une fois de plus, des vidéos amateurs montrant des Afro-Américains en train de mourir sous les balles de policiers blancs sont actuellement au cœur du débat public et relancent la polémique sur l’accumulation, dans la culture contemporaine américaine, d’images représentant la mort de Noirs. Même parmi les activistes, les réactions sont partagées : certains appellent à faire circuler les vidéos, d’autres à les enterrer. Ainsi, à la question posée par une page Facebook « Pourquoi faire circuler des photos et vidéos de cadavres de Noirs? », une autre répond-elle, en invoquant le hashtag #hemmetttill:  « Nous avons besoin de voir ». Depuis son explosion sur la scène internationale, le mouvement Black Lives Matter (« Les vies noires comptent ») a un rapport ambivalent avec l’image. Peut-être plus encore que n’importe quel autre mouvement social, Black Lives Matter repose sur un défilé d’images, une suite sans fin d’hommes et de femmes noirs, entravés, battus, blessés ou tués par des policiers blancs. Sur les pages Facebook de groupes tels que The New Jim Crow et sur celles des nombreux groupements se réclamant de Black Lives Matter, des vidéos...

Lire la suite »

Paris dans les Carnets d’Albert Camus

Place_Émile-Goudeau_Paris_20_May_2014-250x165

Le mythe est tenace : l’écrivain inconnu, au seuil de la renommée internationale, ignore encore que les feuillets éparpillés sur sa table de travail vont se muer en un petit miracle —un premier roman publié, un passeport pour la gloire. Cet homme, c’est Albert Camus, qui entre mars et mai de 1940 achève le premier brouillon d’un roman qui s’intitule déjà L’Étranger. À quelques semaines de la débâcle, un calme étrange règne sur la capitale inquiète. Si Paris a beaucoup changé depuis 1940, il est encore possible de retrouver certains lieux fréquentés par l’écrivain et signalés par quelques spécialistes, de mettre ses pas dans ceux de Camus et de s’approcher au plus près d’un grand moment de création artistique. C’est dans la solitude d’une chambre d’hôtel, à Montmartre, que Camus termine le premier brouillon de son roman. L’ancien hôtel du Poirier borde la rue Ravignan, dans les hauteurs de la butte — l’air y est plus respirable, ce qui convient sans doute au jeune écrivain affecté par une tuberculose chronique. Aujourd’hui, l’endroit n’a rien perdu de son charme si pittoresque :...

Lire la suite »

France, Etats-Unis, Grande-Bretagne… La crise des partis progressistes

France, Etats-Unis, Grande-Bretagne… La crise des partis progressistes

La défaite d'Hillary Clinton est un exemple « idéal-typique » de la crise que traversent, depuis près de quatre décennies, les partis progressistes. On y retrouve, condensées en un seul moment, toutes les séquences qui expliquent aujourd'hui le déclin de ce qu'il est convenu d'appeler le progressisme aux Etats-Unis comme en Europe. Face à une crise sociale et politique sans précédent, Hillary Clinton a pensé que le recours aux bonnes vieilles ficelles du progressisme sociétal lui assurerait la victoire. Elle s'est lourdement trompée. En communautarisant à outrance sa campagne, en caricaturant l'Amérique « périphérique », Hillary Clinton n'a fait que conforter les critiques adressées à son parti : celles d'être un parti élitiste coupé des réalités et ne comptant que sur le vote communautaire pour gagner les élections. Car à la vérité, aujourd'hui, les partis progressistes partagent un certain nombre de points communs qui les isolent toujours plus des évolutions sociologiques constatées dans tous les pays développés.

Lire la suite »

Mia Duncan

Mia Duncan

  Mia Duncan est une jeune photographe basée à Paris et Boston. Née en 1995, elle a commencé la photographie à l’âge de 14 ans et étudie en ce moment dans un programme Media and Film à Northeastern University. Afin de conserver à ce qu’elle photographie ou filme leur nature brute, elle s’interdit de retoucher ses clichés. Elle prend son inspiration dans sa vie quotidienne, ses amis, les couleurs environnantes, et recherche l’intimité entre le photographe et son modèle. De haut en bas Geneva, 2015 Bois de Boulogne, 2015 Sophie, 2016 Nadia, 2016 Jess, 2016   Télécharger au format PDF

Lire la suite »

Sur Ernest Renan, 7 octobre 1892

Sur Ernest Renan, 7 octobre 1892

  Discours de M. Gaston Paris, membre de l’Institut, au nom du Collège de France Messieurs, C’est ici qu’il a voulu finir, dans ce Collège de France qu’il avait tant aimé et dont la gloire séculaire lui devra un de ses plus éclatants rayons. Pendant ce cruel été, tandis que ses yeux déjà voilés disaient adieu à sa chère Bretagne et semblaient chercher sur le vieil Océan celtique la barque mystérieuse qui jadis transportait les âmes dans « la terre de l’éternelle jeunesse », il n’avait qu’un désir : revenir à Paris. On s’étonnait de cette volonté tenace, dont la satisfaction a été sa dernière joie : c’est qu’il voulait mettre sa mort en harmonie avec toute sa vie ; il voulait qu’au moment de la suprême défaillance ses mains errantes pussent encore toucher les murs du temple où il avait célébré avec tant de foi le culte d’esprit et de vérité. Le Collège de France a été le vrai centre de la vie d’Ernest Renan. Quand il venait, tout jeune encore, y compléter son instruction hébraïque ou y suivre les immortelles leçons d’Eugène...

Lire la suite »

Une paillotte de plage (Golfe de Guinée)

Une paillotte de plage (Golfe de Guinée)

Il est midi. Je demande au chauffeur de me déposer au Blue Beach, un club à la sortie de la ville, après le port. Le Ministre de la santé m’a dit qu’il y avait une jolie paillotte-restaurant et une plage privée – le lieu où viennent le week-end les expatriés et la bonne société de la région. Le chauffeur viendra me rechercher à cinq heures. En principe, il devrait pleuvoir vers six heures du soir, ce qui laisse du temps après ce congrès ennuyeux sur les maladies tropicales et la prévention en milieu scolaire, et avant l’avion de 23 heures. L’endroit est presque vide, ce samedi, à l’heure où j’arrive. C’est la saison des pluies ; le ciel est gris de plomb et la mer est une grande étendue hostile, agitée. Sur un panneau écaillé planté au début de la plage, avec une concision de Code civil, il est indiqué : “Courants violents, mer dangereuse. Chacun se baigne sous sa propre responsabilité”. On dit qu’au loin, en mer, il y a des pirates. Je m’installe sous la paillote à une petite...

Lire la suite »

Une fontaine endormie (1956)

Une fontaine endormie (1956)

Après la Libération, la vie musicale reprend son cours d’avant la guerre. Les musiciens, les chanteurs qui s’étaient exilés pour raisons raciales ou politiques reviennent en France. Ceux dont les chansons sont associées à l’Occupation, au pétainisme sont inquiétés, tels André Dassary, connu pour le retentissant Maréchal nous voilà de 1941, ou André Clavaud, animateur de Radio-Paris, station fermée en 1944 à la libération de Paris ; leur éclipse ne durera pas. Renée Lebas (19177-2009), alias Renée Leiba, juive roumaine dont la carrière avait commencé en 1938, revient de Suisse Romande, d’où elle avait gardé le contact avec son public en chantant sur Radio Genève. Comme elle, pour les mêmes raisons, Eddie Marnay et Emil Stern  sortent de la clandestinité. Eddie Marnay, alias Edmond Bacri, avait commencé sa carrière de chanteur et de parolier en 1937. Il mourra en 2003, célèbre pour ses chansons pour les chanteurs yé-yé et Claude François, Mireille Mathieu et Marcel Amont, 4.000 chansons au total. Emil Stern, alias Emile Stern (avec une lettre qui change tout), est un musicien doué, capable de donner une...

Lire la suite »

Comment finir dans la dignité (pari pour 2017)

La Tour, Le tricheur

Dans notre dernier numéro, nous avions parié que François Hollande finirait par comprendre, à la fin de l’automne, que sa candidature aux présidentielles de 2017 serait tout bonnement incongrue. Comment se présenter quand on laisse un chômage plus important qu’au moment de son élection, quand on a perdu sa base électorale d’origine et que l’on est abandonné par toutes les composantes de sa majorité (symbolisées par Montebourg, Macron, les Verts, Hamon, Taubira…) ? Cette candidature, personne ne la souhaite, même à gauche, et elle lui garantit de rester dans l’histoire de la Vème République comme le président qui n’a même pas atteint le deuxième tour- soit pire que Jospin, dont la défaite de 2002 est surtout l’effet d’un mauvais concours de circonstances. Aux primaires de gauche, la défaite est même possible, ce qui serait le comble de l’humiliation. Tactique Le plan de bataille était clair : Sarkozy candidat de la droite allait provoquer un mouvement de coalition de la gauche unie et du centre, et le réflexe de se regrouper derrière une candidature raisonnable…Mais la gauche au sens large a...

Lire la suite »

Histoire de la peinture française : Charles Landelle ou le triomphe de l’orientalisme

Histoire de la peinture française : Charles Landelle ou le triomphe de l’orientalisme

Charles Landelle (1821-1908) ne fut pas un peintre de renom, comme l’ont été Delacroix ou Delaroche, mais ce fut néanmoins un peintre de talent. Reconnu par la critique et par les Salons du 19ème siècle, il réussira à faire de son nom une valeur sûre de l’histoire de l’art. Charles Zacharie Landelle est né en 1821 à Laval. Il sera l’élève de Paul Delaroche puis plus tard du talentueux Ary Scheffer qui reste le pionnier du romantisme français. Dès lors, il choisit de ne pas choisir la voie du romantisme et décidera de peindre des peintures religieuses qui auront un joli succès.  Reconnu dans les années 1848 par la critique, il débutera une carrière de peintre officiel puisque Napoléon III lui commandera plusieurs toiles dès 1852. Devenu le portraitiste de la haute société bourgeoise du 19ème siècle, il recevra le prestigieux titre de La Légion d’Honneur qui fait office de reconnaissance de l’État. Sa carrière prendra un tournant dès 1866 avec un voyage au Maroc où il se passionnera pour la couleur chaude, et ce seront les premiers prémices de...

Lire la suite »

Un peu court M. Macron, un peu tard M. Valls ?

Un peu court M. Macron, un peu tard M. Valls ?

Un président désavoué, un peu ridicule avec sa manie de parler de tout à tout le monde ; un propos souvent trivial ; un bilan économique qui n’est pas bon et un chômage qui excède celui de 2012 ; une réforme de l’Etat qui ne s’est pas faite ; des réformes scolaires mal conçues (mais défendues de façon véhémente par un ministre de l’Education qui n’a pas, il l’insinue, l’envergure des questions posées – l’a-t-il lui, l’envergure ?)… Triste fin du hollandisme, et le discrédit s’étend à tous ceux qui ont plus ou moins bien gouverné durant cinq ans. C’est pour échapper à ce piège que Macron s’est mis en avant au mépris des loyautés anciennes, mais non sans logique, ni sens de l’a-propos. Dans le scénario qui s’annonce, il n’ a aucune chance de peser sur la stratégie socialiste à venir, il le sait ; le PS ne l’aime pas. Macron ne veut donc pas participer à la primaire de Gauche, et peut-être a-t-il tort d’ailleurs car dans une primaire élargie, il pourrait dépasser Hollande ou Valls, concurrencer Montebourg, et...

Lire la suite »