Numéro Automne 2016

Libération – La foi, l’espérance, la charité

Libération – La foi, l’espérance, la charité

La restructuration qui vient d’être annoncée au sujet du journal Libération est de celles qui inaugurent peut-être une nouvelle ère pour la Presse française. Après la vague d’investissements réalisés par de grands intérêts capitalistes, par souci de se ménager une influence dans la société, par coquetterie ou par réel intérêt pour la chose écrite, viendrait un second temps marqué par la reprise des médias par des fondations, dégagées des soucis du profit immédiat, voire du profit  tout court ?  Selon Le Point, après la restructuration décidée par son actionnaire majoritaire, Altice France, qui en perdrait ainsi le contrôle, le quotidien Libération serait désormais détenu par un fonds de dotation (via une holding intermédiaire), afin de préserver, c’est l’objectif, son indépendance éditoriale, économique et financière 1. Selon l’AFP, son actionnaire doterait le fonds de sorte que le journal puisse assurer le service de sa dette actuelle, évaluée à plus de 40 millions d’euros. Un fonds de dotation est une personne morale de droit privé à but non lucratif qui reçoit et gère, en les capitalisant, des biens et droits qui sont...

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Le Labour de Corbyn pouvait-il gagner les élections de 2019 ?

Le Labour de Corbyn pouvait-il gagner les élections de 2019 ?

La récente et lourde défaite du parti travailliste aux élections de décembre 2019 était-elle prévisible ? Tient-elle à la personnalité de son dirigeant, à son étrange léthargie lorsqu’il s’agissait de répondre aux accusations d’antisémitisme qui visaient régulièrement son parti ou à l’incapacité du parti travailliste à formuler une stratégie claire ? Aucun événement n’étant redevable d’une cause unique, tout cela a forcément joué. Pour autant, on aurait tort de vouloir trop se focaliser sur la personnalité de Jeremy Corbyn car de notre point de vue le parti travailliste a d’abord et avant tout été victime de ses propres contradictions. Le Brexit, dans cette perspective, a été un formidable révélateur de celles-ci mais, là aussi, on aurait tort de penser qu’il en est à l’origine. Les atermoiements de Corbyn sur la question européenne ne faisant que refléter des positions changeantes, jamais réellement explicitées et des contradictions sociologiques tenant à la composition même de l’électorat travailliste. Comme on le verra, il était difficile de  concilier le vote des jeunes urbains plutôt diplômés et pro-européens qui votent massivement travailliste et celui des bastions ouvriers...

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Quand les blessures de la mémoire refont surface – Hans-Ulrich Treichel

Quand les blessures de la mémoire refont surface – Hans-Ulrich Treichel

Tout le monde garde à l’esprit la décision d’Angela Merkel, le 31 août 2015, d’accueillir en Allemagne un grand nombre de réfugiés, afin de prévenir la crise humanitaire qui s’annonçait en Hongrie en raison de l’afflux de migrants et de la fermeture de la frontière avec l’Autriche.  Le geste fut largement commenté dans les médias, mais il ne se trouva guère que la presse germanophone pour évoquer à son propos le souvenir encore brûlant qu’ont laissé dans la mémoire collective, outre-Rhin, les déplacements de quelques douze millions d’Allemands d’Europe de l’Est vers les deux Allemagne (RFA et RDA), ainsi que vers l’Autriche, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les Allemands, ou tout au moins ceux parmi eux qui s’étaient installés ou étaient descendants de colons installés à l’Est de la ligne formée par les fleuves Oder-Neisse, devinrent eux-mêmes des réfugiés. Fuite spontanée des populations effrayées par l’avancée de l’Armée rouge fin 1944-début 45 ou expulsions systématiques, en particulier de Pologne ou de Tchécoslovaquie, l’exode massif des populations germanophones, bien qu’il ait été le plus souvent dramatique...

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Inattendu/Méconnu : Norbert Elias sur Nietzsche

Inattendu/Méconnu : Norbert Elias sur Nietzsche

Nous inaugurons une nouvelle rubrique qui consiste à proposer certains passages, parfois certaines pages d’ouvrages récents dont la teneur ne correspond pas à la pensée commune, aux idées qui circulent et qui repoussent d’autres points de vue dans les marges. Chaque époque a ses idées dominantes, autorisées, mais que l’expression “idéologie dominante” ne reflète pas vraiment, car elles varient, à un même moment, selon les lieux et les milieux. Elles ont l’effet d’occuper tout l’espace là où elles sont en vigueur, de fait, comme la mauvaise monnaie chasse la bonne. Notre vocation étant de tracasser le lecteur, nous commencerons par deux pages de Norbert Elias sur un aspect de Nietzsche guère souligné en France, par pudeur probablement : la culture du duel et cette atmosphère si typique de l’époque wilhelminienne, qui est plus qu’on ne le dit, selon Elias, la matrice de sa pensée, entre beaucoup d’autres…. ___________   Norbert Elias sur Nietzsche  : Les Allemands, Luttes de pouvoir et développement de l’habitus aux XIXe et XXe siècles, Le Seuil 2017 « Lorsque l’on cherche une claire expression des principes sur lesquels...

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Réformer la Vème République – Que garder des débats récents ?

Réformer la Vème République – Que garder des débats récents ?

Avec les élections qui se terminent, la VIème République, cette revendication des Frondeurs et de la gauche radicale, est renvoyée à la critique rongeuse des souris. On ne parlait déjà plus guère de démocratie participative, ces derniers temps. Arnaud Montebourg et Jean-Luc Mélenchon, Nuit Debout…On a connu plus convaincants comme réformateurs de la démocratie. Peut-être faut-il cependant sauver quelque chose de ces débats, au-delà de la véhémence un peu creuse de ceux qui les animaient. La gauche et les institutions Le fait est connu : Si la droite les défend, la gauche au fond d’elle-même n’aime pas les institutions de la Vème République, accusées de laisser trop de liberté au pouvoir personnel et de permettre le coup d’Etat permanent, selon le vieux mot de François Mitterrand 1; elle lui préfère le parlementarisme, avec un parlement de plein exercice, et non celui que les gaullistes ont encadré par les ordonnances et le vote bloqué. C’est ce qui explique l’opposition de Pierre-Mendes France à De Gaulle en 1958 et surtout en 1962, quand l’élection du président au suffrage universel est adoptée...

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Benoît Hamon, nouvelle coqueluche de la gauche tendance suicide

La mauvaise foi est toujours nécessaire à quiconque veut d’un état médiocre s’élever au plus grand pouvoir  Machiavel Benoît Hamon est un cas d’école. En agitant des propositions programmatiques qui oscillent entre le ridicule ou le guignolesque (revenu universel), l’irréalisme total (visa humanitaire pour les migrants), et le sociétal déconnecté du réel (le cannabis), il a réussi à devenir le nouveau chouchou de la base militante du parti socialiste et de son noyau dur électoral. Mais il a réussi aussi un autre exploit : celui de mettre d’accord pour une fois les lecteurs de Jean-Claude Michéa et les tenants d’une ligne réaliste au sein du Parti socialiste : les orphelins de Michel Rocard ! Et ce n’est pas un mince exploit ! Car Hamon a une arme suprême : ceux qui critiquent son programme se voient affublés du terme néo. Vous critiquez ses propositions économiques : vous n’êtes qu’un affreux néo-libéral. Vous critiquez son sociétalisme tendance gauche suicidaire : vous êtes un néo-réac ! Hamon parle-t-il des problèmes qui, aujourd’hui, minent la société française comme toutes les sociétés occidentales ? Parle-t-il du déclassement social, de la crise sans...

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Peillon, irresponsable et fier de lui

Les propos imbéciles, invraisemblables de Vincent Peillon sur la laïcité, les juifs, l’étoile jaune et le racisme anti-musulman sont malheureusement typiques de ce qu’est devenu, dans une partie de la gauche, l’antiracisme des années 80. Peillon, et c’est à son honneur, ne supporte pas le racisme dont est victime la minorité arabo-musulmane. Il ressent de l’empathie pour ce qu’elle peut éprouver, et veut dénoncer les discriminations qui la frappent. Il lui faut convaincre, attirer l’attention. Alors il recourt au vieux procédé rhétorique de l’amplification, de l’emphase. Et quelle meilleure amplification du propos que de comparer cette situation regrettable à celle des juifs pendant la guerre. Comme il est moins intelligent qu’il ne le pense et qu’il n’est pas bon orateur, il mélange tout, et son propos, qu’il ne contrôle plus, devient confus et malsain. Peillon confond les périodes, et relie des faits sans rapport (la laïcité comme cause de l’antisémitisme ?). Au delà des erreurs de fait, cette rhétorique a le malheur d’alimenter la thématique du “deux poids, deux mesures” – le subtext n’est pas difficile à déchiffrer -, thématique...

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De quoi Sully est-il le nom ?

De quoi Sully est-il le nom ?

Sully est un film attachant, remarquablement construit et mis en scène. Les comédiens sont excellents et l’on vibre pour l’histoire de Chesley B. Sullenberger III, ce pilote de US Airways en fin de carrière qui réussit un amerrissage d’urgence sur l’Hudson, en janvier 2009. Il devient instantanément un héros, qui fait oublier aux New Yorkais les attentats du 11 septembre 2001, le film le souligne. Il doit néanmoins convaincre l’administration du transport aérien que c’était bien la seule chose à faire, et qu’il était impossible de retourner se poser sur une piste d’aéroport. Le film est brillant, adroit, et la critique l’a apprécié à juste titre. Sa dimension morale, politique mérite quelques commentaires. C’est d’abord un film civique et même patriotique, qui montre le peuple américain comme il veut se donner à voir et veut se comprendre : une collectivité différenciée, unie par le talent, le sens de la solidarité et le courage, qui sait produire un héros modeste, un membre honorable de la middle class qui ne laisse pas tomber le groupe dont il a la charge, un héros...

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Le très cosmopolite Nicolas Nabokov : oeuvre musicale et Guerre Froide

Le très cosmopolite Nicolas Nabokov : oeuvre musicale et Guerre Froide

Le 6 juin 1928, lors de ce qui allait être l’avant-dernière saison des Ballets russes, Serge Diaghilev présentait, au Théâtre Sarah-Bernhardt, un nouveau ballet de Massine, Ode, dans des décors semi-abstraits de Pawel Tchelitchew et des éclairages bleutés d’une grande beauté de Pierre Charbonnier. Dirigée par Roger Désormière, la musique, cantate pour deux solistes et chœur, sur un poème de Lomonosov, était l’œuvre d’un débutant de 25 ans, Nicolas Nabokov. Lubcza, Paris Né à Lubcza, sur les bords sur Niémen, dans ce qui est à présent la Biélorussie, en 1903, Nabokov était de quatre ans plus jeune que son cousin germain Vladimir, futur auteur de Lolita. Sa mère, née Falz-Fein, descendait d’une riche famille d’origine allemande établie en Ukraine. Dans son autobiographie, Bagázh (parue en français en 1976 sous le titre Cosmopolite), il évoque son enfance privilégiée dans la Russie d’avant-guerre comme une sorte de paradis d’avant la chute. Comme tous les Russes des classes supérieures, il avait reçu une éducation polyglotte et parlait allemand, anglais et français. La révolution de février 1917 était survenue alors qu’il poursuivait ses études...

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La violence raciale en noir et blanc

blacklivesmatter

Une fois de plus, des vidéos amateurs montrant des Afro-Américains en train de mourir sous les balles de policiers blancs sont actuellement au cœur du débat public et relancent la polémique sur l’accumulation, dans la culture contemporaine américaine, d’images représentant la mort de Noirs. Même parmi les activistes, les réactions sont partagées : certains appellent à faire circuler les vidéos, d’autres à les enterrer. Ainsi, à la question posée par une page Facebook « Pourquoi faire circuler des photos et vidéos de cadavres de Noirs? », une autre répond-elle, en invoquant le hashtag #hemmetttill:  « Nous avons besoin de voir ». Depuis son explosion sur la scène internationale, le mouvement Black Lives Matter (« Les vies noires comptent ») a un rapport ambivalent avec l’image. Peut-être plus encore que n’importe quel autre mouvement social, Black Lives Matter repose sur un défilé d’images, une suite sans fin d’hommes et de femmes noirs, entravés, battus, blessés ou tués par des policiers blancs. Sur les pages Facebook de groupes tels que The New Jim Crow et sur celles des nombreux groupements se réclamant de Black Lives Matter, des vidéos...

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