Le Labour de Jeremy Corbyn pouvait-il gagner les élections de 2019 ?

La récente et lourde défaite du parti travailliste aux élections de décembre 2019 était-elle prévisible ? Tient-elle à la personnalité de son dirigeant, à son étrange léthargie lorsqu’il s’agissait de répondre aux accusations d’antisémitisme qui visaient régulièrement son parti ou à l’incapacité du parti travailliste à formuler une stratégie claire ?

Aucun événement n’étant redevable d’une cause unique, tout cela a forcément joué. Pour autant, on aurait tort de vouloir trop se focaliser sur la personnalité de Jeremy Corbyn car de notre point de vue le parti travailliste a d’abord et avant tout été victime de ses propres contradictions. Le Brexit, dans cette perspective, a été un formidable révélateur de celles-ci mais, là aussi, on aurait tort de penser qu’il en est à l’origine. Les atermoiements de Corbyn sur la question européenne ne faisant que refléter des positions changeantes, jamais réellement explicitées et des contradictions sociologiques tenant à la composition même de l’électorat travailliste. Comme on le verra, il était difficile de  concilier le vote des jeunes urbains plutôt diplômés et pro-européens qui votent massivement travailliste et celui des bastions ouvriers très majoritairement hostiles à la construction européenne. De la même façon, la question de l’immigration clive à l’intérieur même de l’électorat travailliste et révèle là aussi des fractures sociologiques qui ont traversé ou traversent encore les partis progressistes.

La défaite du Labour aux élections de décembre 2019 est donc une défaite qui vient de loin. Comme Benoit Hamon lors de la dernière élection présidentielle française, Jeremy Corbyn a pu faire illusion mais cette illusion s’est dissipée lorsque le Labour a été sommé de faire des choix. Toute la stratégie de Corbyn a visé à éclipser les débats du moment en voulant apparaître comme le candidat anti-austérité, celui du retour aux fondamentaux de gauche du parti travailliste et en déconnectant ainsi la question européenne de la question sociale. Stratégie vaine car les électeurs du fameux red wall, eux, ne déconnectaient pas les deux questions et la demande de nouvelles négociations et d’un nouveau référendum  apparaissait peu crédible.

Porté par de jeunes militants enthousiastes, le projet de Jeremy Corbyn « It’s time for  real change », vaste réceptacle de toutes les idées de la gauche du parti, de la révolution verte au nouvel internationalisme et long de 107 pages était assurément plus un document interne destiné à légitimer du point de vue des militants une ligne de gauche qu’un programme susceptible de séduire des électeurs.

Face à un Boris Johnson qui savait, lui, habilement faire bouger les lignes et défaire son parti de l’image de nasty party qui lui a longtemps été associée, Corbyn n’avait, en vérité,  que peu de chances de gagner.

 Une défaite qui vient de loin

Les élections de 2015 qui ont porté Jeremy Corbyn à la tête du parti travailliste ont révélé l’ampleur de la crise que traversait alors ce parti. Comment un député peu connu, qui n’a obtenu les 35 signatures nécessaires pour se présenter au scrutin que dans les dernières minutes a-t-il pu susciter un tel élan d’enthousiasme ? Et gagner très largement : 59,5% des voix contre 19 % pour Andy Burnham (qui apparaissait comme le favori de l’élection), 17% pour Yvette Cooper et 4,5% pour la candidate « blairiste » Liz Kendall.

Dans son ouvrage « The candidate»1, Alex Nunns essaie d’en expliquer les raisons et son récit de l’ascension de Corbyn est très intéressant. On pourra cependant lui reprocher son caractère quelque peu partisan. Corbyn était le candidat par défaut car à l’origine c’est John McDonnel qui avait été pressenti pour représenter l’aile gauche du parti travailliste lors du scrutin. Député quelque peu marginal au sein de son parti, aux positions toutes aussi marginales, Corbyn va pourtant surprendre tout le monde et dès les premiers débats télévisés on se rend vite compte que face à des candidats qui sont incapables de révéler une ligne politique claire, Corbyn, lui, prend position et cela très clairement, tant sur la politique étrangère en critiquant l’intervention britannique en Irak que sur le volet de la politique intérieure en se présentant comme le candidat anti-austérité. Corbyn a des convictions et il sait les défendre. Éloigné des canons du marketing politique et loin de la politique spectacle, sa simplicité, sa disponibilité et surtout son honnêteté séduisent. Corbyn est perçu comme l’anti-Blair dans un contexte de remise en cause de la ligne politique du New Labour.

Les défaites successives de 2010 et 2015 ont ébranlé le parti travailliste et l’élection d’Ed Miliband à sa tête n’a pas eu les effets escomptés puisque le parti subit en 2015 sa seconde défaite successive. Si tous les militants travaillistes ne sont pas d’accord sur la ligne idéologique à tenir, la volonté de tourner la page du New Labour semble faire consensus. Le New Labour n’a pas résisté aux effets de la crise de 2008 et le pragmatisme et le réalisme qui prévalaient au début de son ascension ont fait place à un cynisme politique et une incapacité à comprendre les mutations du nouveau capitalisme. Pour beaucoup de militants, les positions économiques de leur parti ne sont en rien distinctives de celles du parti conservateur  et la troisième voie qui paraissait si prometteuse dans les années 90, tant du point de vue conceptuel que de ses réalisations pratiques, apparaît comme totalement inadaptée en période de crise.

Le New Labour qui symbolisait le dépoussiérage d’une certaine vision de la politique et qui offrait à la gauche de nouvelles perspectives idéologiques devient le symbole même de l’ancien monde où des spin doctors prospèrent en se situant très souvent dans une posture cynique et manipulatoire.

Ce n’est pas seulement une ligne idéologique que Corbyn remet en cause mais aussi une façon de faire de la politique, façon de faire que Corbyn, comme Sanders d’ailleurs, jugent amorale. Pour autant, eu égard aux règles de désignation qui prévalaient au parti travailliste, même contestés les leaders pouvaient se maintenir en place du fait même du rôle joué par les notables du parti et des syndicats. C’est cela qui va changer, Ed Miliband imposant, après un incident électoral, somme toute mineur, mais aux conséquences inattendues, la règle du one member one vote. C’était remettre entre les mains des militants le destin du parti et ceux-ci ne s’en privèrent pas. Pendant l’élection et une fois élu à la tête du parti travailliste, Corbyn va devenir le point de cristallisation de tous les mécontentements accumulés envers l’ancienne direction blairiste. Le nombre d’adhérents va véritablement exploser passant de 201 000 membres en mai 2015 à 600 000 en septembre 2016.

Mais ce soudain afflux de militants était trompeur : d’une part, leur profil sociologique particulier, jeunes, urbains et plutôt diplômés, les rendait de fait assez peu représentatifs. De ce point de vue, ces nouveaux militants n’étaient pas les citoyens ordinaires que Corbyn aimait vanter dans ses discours. D’autre part, leur orientation idéologique très largement partagée d’un retour aux fondamentaux de la gauche travailliste n’était pas sans danger eu égard aux déconvenues électorales qu’une telle ligne avait par le passé, entraînées.

Pour autant, ces nouveaux militants avaient un profil sensiblement différent des anciens adhérents du parti travailliste. Moins diplômés, plus pauvres, leur vision de l’avenir était beaucoup plus pessimiste que celle des anciens adhérents. Comme l’ont bien montré Whiteley, Poletti, Webb et Bale2, ces nouveaux adhérents étaient très critiques vis-à-vis de l’économie de marché. Mais notent les mêmes auteurs c’est aussi le cas pour les adhérents qui avaient quitté le parti et qui vont ré-adhérer avant et après la campagne. Pourtant, ces deux dernières catégories d’adhérents se distinguent nettement sur la volonté de tourner la page s’agissant d’une certaine manière de faire de la politique. Pour les premiers, le corbynisme incarnait un nouveau cours en rupture totale avec le passé alors que pour les seconds il fallait d’abord corriger la dérive droitière du parti. Mais là aussi, les caractéristiques sociologiques des deux catégories différent. Les anciens adhérents qui ré-adhèrent étant nettement plus riches et diplômés que les nouveaux adhérents.

Quelles dynamiques internes ?

Dans tous les cas, cet afflux militant s’il pouvait favoriser des dynamiques internes et sortir le parti de sa torpeur devenait un sérieux handicap lorsqu’il fallait s’adresser à tout le pays. Comme le souligne ironiquement Tim Bale dans un excellent article paru dans Politic Insight en décembre 2016, ces militants urbains, jeunes et très majoritairement issus de la classe moyenne avaient une fâcheuse tendance à parer le citoyen ordinaire de leurs propres envies et caractéristiques, le fameux effet de projection si bien révélé par Raymond Boudon dans L’idéologie.

De fait, Le Labour se révélera incapable de comprendre en profondeur les ressorts sociologiques du vote de 2016 sur le Brexit et les fractures éducationnelles et sociales qu’il révélait.  Alors que la question de l’immigration avait été centrale lors de ce scrutin référendaire3 et expliquait en partie le basculement du vote populaire en faveur du oui, le parti travailliste, comme les autres partis progressistes d’ailleurs, ignorait cette question ou ne l’évoquant que du seul point de vue moral.

Certes on peut se répandre à l’infini sur le fait que les partisans du Brexit étaient plus âgés et moins diplômés que les partisans du remain mais comme le souligne ironiquement David Runciman4, professeur de sciences politiques à Cambridge, le problème réside dans le fait que les gens âgés et moins diplômés sont bien plus nombreux que les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur ! Les militants et les mouvements comme Momentum qui ont soutenu Corbyn aiment à se présenter comme reflétant les aspirations de la base et d’être issus eux mêmes de la société civile et de ses aspirations profondes mais ils sont très sélectifs lorsqu’il s’agit de faire émerger ces mêmes demandes de la base. Les questions de la réindustrialisation, de l’immigration ou de l’existence d’une Angleterre périphérique pauvre et délaissée ne focalisaient pas toujours leur attention, loin de là !

Curieusement, la ligne de gauche plébiscitée par les nouveaux militants ignorait beaucoup des questions qui intéressent les catégories moyennes et populaires. Ce n’est pas le moindre des paradoxes des courants qui se positionnent à la gauche des partis progressistes.

Les élections de 2017 ont, de ce  point de vue, illusionné le Labour. Si, le score s’avéra à l’arrivée beaucoup plus serré que ce que les premiers sondages avaient prédit, cela s’expliquait en grande partie par la campagne catastrophique de Theresa May qui devait au même moment rendre des comptes sur son action au ministère de l’intérieur et de sa politique jugée parfaitement inefficace face au terrorisme. Les thèmes de campagne du parti travailliste étaient assurément plus concrets que ceux du parti conservateur qui n’arriva pas à mobiliser tous les électeurs qui avaient voté pour le Brexit. En parlant de santé, d’éducation, d’investissements publics Corbyn sut habilement profiter du vide programmatique de son adversaire mais pour autant il ne gagna pas ces élections et il ne résorbait qu’à la marge les fractures du scrutin de 2016. Le parti conservateur dans la foulée du Brexit était devenu un parti beaucoup plus inter-classiste qu’il ne l’était auparavant et il ne devait qu’à la piteuse campagne de Theresa May de ne pas avoir fait de meilleurs scores dans les catégories d’électeurs issus des classes moyennes et populaires. A vrai dire aucun des deux partis ne disposait d’une majorité sociologique stable et ces élections avaient révélé aussi une baisse de l’affiliation partisane et un certain nomadisme électoral. Le retour à une logique bipartite était, de fait, assez fragile, et si l’on excepte la variable âge, Corbyn n’avait pas réussi à cliver socialement le scrutin.

Le bon score du parti travailliste reposait sur des bases trop fragiles et devait beaucoup au contexte politique du moment. Si certaines thématiques mises en avant avaient su séduire, elles n’avaient pourtant pas remporté l’adhésion d’une majorité d’électeurs. Pendant la campagne, Corbyn avait su éviter l’écueil d’une campagne axée sur le Brexit mais rien ne disait que dans un scrutin essentiellement polarisé sur cette question cette stratégie serait payante.

Toute la stratégie du Labour visait à éviter un débat qui révélerait les fractures sociologiques du parti. Entre les électeurs urbains, diplômés et majoritairement remainers et ceux du des bastions ouvriers du red wall majoritairement leavers, Corbyn, en vérité ne pouvait choisir. Un chiffre est à cet égard éclairant : en 2016 37% des électeurs travaillistes avaient voté pour le brexit !

L’ambiguïté n’a pas payé

Les élections de décembre 2019 se présentaient sous un mauvais jour pour le parti travailliste. Il devait affronter un parti conservateur revigoré par son nouveau leader, le très habile Boris Johnson qui va polariser la campagne sur la question du brexit. Face à lui, Jeremy Corbyn apparaît très affaibli. Alors même que sa personnalité et ses qualités perçues lui avaient permis de triompher en 2015 et s’en tirer très honorablement en 2017, ce sont cette même personnalité et ses qualités supposées qui font débat. Le passé de Corbyn resurgit, ses prises de position très controversées dans les années 70 en faveur de l’IRA refont surface, son peu d’enthousiasme à reconnaître  que des propos antisémites sont colportés et tolérés dans son parti suscite l’interrogation. Son programme fourre-tout qui s’adresse à tous les segments de la société et son radicalisme économique ne convainquent guère.

Face à un Boris Johnson qui martèle son argumentaire de façon claire et qui s’adresse à tout le peuple britannique, Corbyn n’apparaît plus comme l’homme du renouveau mais comme l’homme du passé. C’est un Tony Benn sans le charisme et le brio intellectuel de celui-ci. En d’autres termes, Corbyn apparaît comme un candidat dépassé, un candidat qui s’est arrêté au niveau de la formulation des idées aux années 70. Les fondements mêmes de ses positions notamment en matière de politique étrangère sont interrogés et on se rend vite compte qu’en cette matière beaucoup de ses choix résultent d’une grille de lecture datée : celle de l’anti-impérialisme des années 70 commun à la gauche de la gauche et à l’extrême gauche. Cette ambiguïté nuit à sa stature morale qui était réelle en 2015. L’homme sincère et convaincu de 2015 se mue en un idéologue coupé du pays réel et à l’antiracisme très sélectif. Tous les sondages qui mesurent la popularité du candidat sont unanimes : à la veille de l’élection Corbyn est très impopulaire et son rejet de la part des électeurs âgés est massif. Sa position fluctuante et assez incompréhensible sur la question du Brexit rajoute à cette perte de confiance. Quel que soit le domaine évoqué, Corbyn est peu crédible.

Mais on aurait tort là aussi de focaliser sur sa seule personnalité. Car en vérité c’est toute l’ambiguïté de la gauche de la gauche qui ressort à ce moment crucial.

Toute la stratégie de Corbyn visait à tourner la page du blairisme et sur beaucoup de points sa critique des années Blair était légitime et crédible. La dynamique qui a porté Corbyn était d’abord et avant tout une dynamique interne au parti travailliste qui visait à en finir avec une pratique de la politique jugée exécrable. Le pouvoir devenait revenir à la base mais comme nous l’avions souligné plus haut de quelle base parlait-on ?: celle militante, celle des jeunes diplômés de l’enseignement supérieur inquiets pour leur avenir ou celle des citoyens britanniques en souffrance sociale et économique mais quelles souffrances prendre en compte ?

Gagnants et perdants

Comment concilier le vote des gagnants de l’ouverture des frontières avec ceux qui estiment que cette ouverture est la cause de tous leurs problèmes ?

Si le parti travailliste a été laminé dans le fameux red wall c’est qu’en vérité il n’avait aucune solution crédible à proposer face aux problème vécus concrètement par les habitants qui vivaient dans ces zones5. Et personne n’oubliait que la désindustrialisation avait commencé bien avant l’arrivée de Margaret Thatcher au pouvoir et que l’action des différents gouvernements travaillistes de l’époque  avait aussi joué son rôle dans celle-ci.

Pour les électeurs qui avaient voté pour le Brexit en 2016, la proposition de revoter, même après renégociation, était tout simplement insoutenable. C’était revenir sur leur vote et de ne pas tenir compte de leur ressenti. Le problème pour Corbyn résidait dans le fait que ces catégories d’électeurs venaient des classes moyennes et populaires dont il avait absolument besoin pour gagner le scrutin. Corbyn pensait pouvoir faire diversion en radicalisant son programme économique mais pour ces électeurs une partie de leurs problèmes tant sur le plan social qu’économique venait de la construction européenne.  La campagne révéla cruellement que le labour ne savait plus s’adresser aux catégories populaires. Beaucoup de commentateurs insistèrent à juste raison sur son tropisme londonien et générationnel et le fait que Corbyn lui-même soit l’élu d’une circonscription somme toute assez gentrifiée6 (Islington).

Pour le plus grand malheur du parti travailliste, Johnson se démarqua de l’image du candidat de l’austérité associée au parti conservateur. Il parla dépenses publiques et ne nia pas les sous-investissements qui avaient affecté certains secteurs. Corbyn n’avait plus en face de lui un candidat conservateur caricatural mais un habile stratège qui savait lire une carte électorale. On mesure la méprise travailliste au regard des commentaires qui ont fusé après l’élection ainsi Paul Mason ardent corbyniste alla jusqu’à dire que la victoire de Boris Johnson était celle « des vieux sur les jeunes, des racistes sur les gens de couleur, de l’égoïsme sur la planète ».

Comment peut-on prétendre à la victoire quand on méprise plus de la moitié du corps électoral ? Et quand de surcroît, on dit n’importe quoi !Un homme politique qui s’avère incapable de poser la question de savoir pourquoi les gens n’ont pas voté pour lui est condamné à l’échec.

Traquer les dérives droitières ou jugées comme telles du parti est une chose, proposer un programme qui s’adresse à tous en est une autre. Le problème du corbynisme, comme celui de la gauche de la gauche en général, réside dans le fait que le qualificatif « droitier » est l’argument qui légitime toutes les myopies. L’autorité, le besoin légitime de sécurité, le refus d’un certain discours multi-culturel sont considérés comme arbitrairement de droite.

On se méprend souvent sur l’origine de la détestation que suscitent des hommes politiques comme Blair ou Valls. Ce ne sont pas leurs seules positions sur l’économie qui les délégitiment vis-à-vis de la gauche de la gauche mais bien plus leurs positions sur des domaines jugés sensibles comme l’éducation, la sécurité ou le communautarisme.

Le cadre intellectuel des leaders comme des militants de cette gauche radicale reste profondément ancré dans les années 60 et 70.  Les leaders et militants de la gauche radicale sont d’abord et avant tout les héritiers de cette gauche qui s’est développée dans le conteste contestataire des trente glorieuses. Ils sont assez peu rattachés de fait à l’histoire de leur parti et à l’histoire de la gauche en général. Cela explique, par exemple, en France, la forte distanciation des militants de cette gauche  vis-à-vis de la laïcité et du modèle républicain en général vu comme autoritaire voire réactionnaire.

Si Corbyn pouvait être crédible dans son rôle du contempteur des dérives de son parti et du capitalisme contemporain il l’était beaucoup moins lorsqu’il s’agissait d’y répondre concrètement.

Il est difficile de convaincre des électeurs du bien fondé de ses convictions anti-austérité quand une partie non négligeable de ceux-ci relient cette dernière à la construction européenne. D’ailleurs sur la construction européenne il reste difficile de savoir quelle était la véritable position de Corbyn et c’est bien ce qui lui a été reproché. Dans une élection aussi clivée sur cette question le numéro d’équilibriste de Corbyn était voué à l’échec. Il n’a convaincu que peu de monde et mécontenté une forte majorité d’électeurs. Il était déjà tombé dans le précipice avant même d’avoir posé son second pied sur le fil !

Jean-Claude Pacitto

Notes

Notes
1Alex Nunns The candidate, Or Books, 2018.
2Oh Jeremy Corbyn ! Why did labour party membership soar after the 2015 general election? The British Journal of Politics and international relations, 2019.
3Sur cette question voire l’article de Thibaud Harrois paru dans Hérodote, 3ème trimestre 2019.
4The New Yorker, décembre, 2019.
5Le premier chapitre du programme « It’s time for real change » intitulé The green industrial revolution est de ce point de vue très révélateur. Qu’un parti doive se projeter dans l’avenir est méritoire. Mais pour les électeurs qui vivent dans des zones désindustrialisées ou en voie de désindustrialisation parler d’une future révolution industrielle est parfaitement contre-productif car ils savent bien que cette révolution verte aux contours très indécis ne constituera qu’une petite partie de la solution aux problèmes qu’ils vivent quotidiennement.
6Maurice Glasman peut alors écrire « it’s the first time for a century that the working class en masse has ignored the labour leadership in the party and trade unions. Labour is no longer an object of affection for the working-class » Express 17 décembre 2019.
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