Tout de suite maintenant de Pascal Bonitzer

juillet 2016

C’est peu dire que le film de Pascal Bonitzer, Tout de suite maintenant, est décevant. Il est d’une médiocrité que les critiques flatteuses ne laissent pas prévoir. On se demande ce qu’ont bien pu voir les critiques, et si la complaisance n’explique pas tout1. Le film n’a ni la cohérence, ni le rythme qui pourraient garantir, malgré un scénario touffu et creux, un spectacle à tout le moins regardable.

Le point de départ est intéressant : Nora, une jeune consultante rejoint ABFI, une banque d’affaires à moins que ce ne soit un cabinet de conseil. Elle découvre que les deux fondateurs de la banque ont été à l’Ecole centrale en même temps que son père, un mathématicien à la personnalité complexe, dépressif. Ils se détestent.  Eux ont choisi l’argent, lui la science (et accessoirement, la poésie). Le père dira à sa fille le mépris qu’elle lui inspire. Mais la scène manque de fond, de finesse et de nuances.

Le scénario remplit l’écran, meuble le temps avec toutes sortes d’intrigues et de personnages secondaires qui n’ont aucun intérêt et qui ne sont même pas crédibles. Le vrai sujet est noyé. Un collègue de travail de la consultante la jalouse, puis séduit sa chanteuse de sœur. Il finit par la séduire ; on se demande bien pourquoi. Dans le rôle de l’épouse du fondateur, Isabelle Huppert incarne une bourgeoise portée sur la boisson, qui apprend le coréen et cite Hegel. On s’en fout. Isabelle Huppert joue bien mais le rôle est faux ; son personnage est inutile, tout comme celui de l’excentrique bonne antillaise qui profère des propos énigmatiques et sans intérêt pour le film. Pour que ces épisodes secondaires soient comme des “respirations” dans un film tendu, il faudrait encore qu’il y ait de la tension, un enjeu.

On découvre que les fondateurs et le père neurasthénique sont en conflit depuis leur temps à l’Ecole centrale : une histoire de fille sans intérêt, la fille étant Isabelle Huppert. Le film ne fait même pas l’effort de donner de la consistance à la hargne qui oppose les trois hommes.  Les scènes s’enchaînent, mais faute  que le réalisateur et son scénariste aient quoi que ce soit à dire de précis, faute de choix, les dialogues portent à faux.

On voit bien ce qui a pu intéresser Bonitzer à l’origine : le dilemme entre la science et l’argent, illustré par le conflit entre les fondateurs de la banque et le père de la consultante, et que celle-ci va éprouver en elle-même dans la dernière partie du film. Mais son problème, c’est qu’il n’a rien à dire sur le sujet, rien à faire voir qui ne soit un cliché. L’affaire financière qui verra s’opposer l’esprit mercantile du fondateur joué par Lambert Wilson et le souci de transparence, l’honnêteté de la consultante vient trop tard, sur le mode du “cheveu sur la soupe”, comme pour conclure une série de rebondissements sans intérêt.

Le loufoque est un registre qui demande du sérieux et de la rigueur, bien absente ici.

Un beau gâchis d’argent et de comédiens.

 

 

Stéphan Alamowitch

 

Film français de Pascal Bonitzer avec Agathe Bonitzer, Vincent Lacoste, Jean-Pierre Bacri, Isabelle Huppert, Lambert Wilson, Pascal Greggory (1 h 38)

  1. Dans ce registre, mention spéciale au critique du Monde, Thomas Sotinel, probablement un grand ami du superlatif.
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