Nice, une caméra pour 343 habitants

juillet 2016

Nice, c’est une caméra pour 343 habitants – pour une pour 1500 à Paris. Nice est la quatrième ville de France en nombre d’habitants et régulièrement la première de France en policiers municipaux. Nous parlons ici d’une ville jusqu’à peu gérée par Christian Estrosi. Un homme capable de vouloir interdire les SDF au centre-ville pour la tranquillité de ses habitants peut sans aucun doute être accusé de manquer d’humanité, mais certainement pas de laxisme en termes de sécurité. Et malgré ce contexte-là, plus de 80 personnes sont mortes en quelques minutes.

Comment en sortir ?

L’augmentation de la sécurité ne sera jamais suffisante. Quand Monsieur Guaino propose que les policiers soit équipés de lance-roquettes, il ne cherche pas une solution. Par ce propos, l’ancien commissaire au plan choisit un univers particulier, un « jeu » au sens scientifique du terme, celui de la rhétorique politique. Un jeu avec ses propres règles, règles très éloignées de la politique au sens noble du terme, celle qui vise à améliorer la « vie de la cité ».

Daesh a repris les recettes du terrorisme inventé par la secte en partie légendaire des ḥašišiywn (« les gens de fondement de la foi ») au 13ième siècle. Le calife auxquels ils obéissaient Hasan-Ibn Sabbâh n’avait pas de territoires équivalents à ses rivaux. Son pouvoir était lié au fanatisme de ses soldats prêts à mourir en tuant les autres califes

La sécurité n’est pas une réponse suffisante notamment parce que Daesh a modernisé la pratique en la « franchisant ». Un réalité parfaitement résumé par Ben Taub dans le New Yorker : “Daech a créé une structure pour permettre à n’importe quel tueur de masse d’obtenir une appartenance posthume et une notoriété”1.

L’investissement nécessaire à l’action n’a jamais été aussi faible dans l’Histoire. De plus, la meilleure action policière ne peut agir qu’entre l’indice de radicalisation et le passage à l’acte. Et l’attentat de Nice semble montrer que cette fenêtre de temps se raccourcit de plus en plus.

Ceux – à l’opposé de Messieurs Estrosi et Guaino – qui proposent une évolution immédiate de la politique étrangère de la France en réponse à la demande de l’agresseur ne recherchent pas non plus une solution. L’article de Alain Gresh et Jean-Pierre Séréni, dans la revue Orient XXI, synthétise ce courant d’opinion-là : il rappelle l’évolution de la politique étrangère de la France qui serait, selon eux, à l’origine des attentats, et demande en creux son évolution immédiate2. Mais là aussi, la volonté des auteurs n’est pas du domaine politique. Elle vise – pour atteindre un objectif antérieur aux attentats – à transformer l’analyse en un procès à charge jouant sur l’émotion et la culpabilité occidentale. Messieurs Gresh et Séréni ne s’interrogent pas sur la conséquence dramatique d’une évolution de la politique française, créer un effrayant précédent d’”obéissance au terrorisme”.

 Une seule certitude

Des solution existent. Encore guidés par l’émotion, nous ne pouvons aujourd’hui qu’en discerner les contours. Elles passent sans aucun doute à l’avenir par une plus grande conscience de l’international. Ne plus voter pour celles de nos élites qui se refusent à sortir d’analyses franco-françaises. Faire de la justice économique mondiale ou des biens publics internationaux des sujets de débats politiques. Cette solution-là ne se construira pas sur quelques mois mais sur plusieurs années voire une génération entière. Notre seule certitude aujourd’hui est de vouloir rester les enfants d’une grande Nation en refusant à tout prix de faire l’autre jeu de Daesh, celui qui vise à accentuer la séparation entre enfants de personnes nées ici et enfants de personnes nées ailleurs.

 

Jean-Philippe Teboul

  1. Merci à Guillaume Duval d’avoir repéré cette citation.
  2. www.orientxxi.info/…/comment-la-france-est-devenue-une-cibl… .
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