Money Monster de Jodie Foster

mai 2016

Le film de Jodie Foster, Money Monster, a reçu de mauvaises critiques aux Etats-Unis et en France (ce qui n’a pas empêché un grand succès de box office), probablement parce qu’il n’a pas été compris. Il ne s’agit pas d’un vrai thriller, ni d’un film sur les arcanes de la finance comme l’étaient Margin Call, sur le plan technique, ou le Loup de Wall Street sur le plan psychologique. C’est une comédie sarcastique, avec certains aspects de grand guignol, plus acide que le film-type né des conventions de Hollywood, ce qu’est cependant Money Monster.

Un jeune forcené, en pleine émission, prend en otage un présentateur télé spécialisé en recommandations d’investissement. Le présentateur est un histrion de premier ordre et un filou (George Clooney est très bon). Le forcené lui reproche ses conseils complaisants, qui lui ont fait perdre le petit héritage de sa mère… Le film appuie là ou cela fait mal : les marchés financiers promettent des rendements mirifiques et sont devenus les lieux de toutes les manipulations par le biais des dark pools et du trading à haute fréquence, ceci expliquant cela. La SEC est dépassée. Le petit épargnant y perd sa mise, sa retraite. La presse financière est stipendiée. Le capitalisme financier ne sait ni se limiter ni rendre des compte… La charge est violente mais les scandales depuis l’affaire Enron se sont multipliés, jusqu’aux manipulations du Libor récemment, et il n’y a malheureusement pas lieu de la juger manichéenne. Le dossier de la finance moderne est hélas bien documenté. Le trading à haute fréquence et les dark pools sont d’ailleurs effectivement des aberrations, sur lesquelles les régulateurs essayent de revenir.

Le scénario, qui sait aller dans un esprit de farce à contrepied de sa propre logique, prend sous son aile le petit américain volé par le capitalisme le plus fou, les employés qui travaillent pour de petits salaires, le petit peuple mélangé des pubs… Cette classe moyenne américaine qui vient de comprendre que l’oligarchie républicaine l’a flouée, et  qui se partagera en novembre entre les Démocrates et Trump. Le scénario y ajoute la dénonciation du racisme, car la société de trading, en sous-main, veut corrompre des mineurs noirs en grève en Afrique du Sud. L’enchainement est un peu obscur, et c’est une faiblesse du film si on le compare à Margin Call qui avait une vraie vertu explicative : l’arnaque financière qui fait perdre à la société IBIS 800 millions de dollars de capitalisation reste incompréhensible. En tout cas, ce n’est pas l’effet d’un bug de l’algorithme, le “quant” chinois le jure. C’est une vraie fraude, avec intervention humaine dans les systèmes. Il y a donc un coupable. On songe à l’affaire Enron ou surtout à l’affaire Kerviel, à cette différence que le bandit n’est pas un trader de seconde zone, mais le CEO de la société.

George Clooney dans le film américain de Jodie Foster, « Money Monster ».

Les femmes ont d’ailleurs le beau rôle dans Money Monster, la force, l’intégrité… La masculinité américaine, blanche, est illustrée par des personnages tous négatifs : le forcené est un petit employé geignard et immature ; le présentateur, un pitre à la déontologie viciée, et le PDG de la grande société financière, un être amoral et sexiste ; son collègue du Board est irresponsable et fourbe1. C’est un peu l’esprit de l’époque…2

La dénonciation de la Finance, la compassion pour l’américain des classes populaires, le rôle des femmes, la solidarité avec les mineurs noirs d’Afrique du Sud… L’ensemble fait de Money Monster un bel exemple de ce que les Cahiers du Cinéma appelaient autrefois une “fiction de gauche”,  mais dans un style américain, idéaliste. Les femmes, les médias libérés de la corruption et ce présentateur clownesque, après qu’il se libère lui du vilain rôle qu’il a endossé, peuvent faire éclater la vérité ; la SEC finit par lancer une enquête : film Démocrate, entre Obama et Bernie Sanders, et non brûlot gauchiste – et tant mieux.

 

 

Stéphan Alamowitch

 

Film américain de Jodie Foster avec George Clooney, Julia Roberts, Jack O’Connell, Dominic West (1 h 40).

 

 

 

 

 

  1. On se rappelle par contraste que dans Margin Call, le scénario inventait un personnage féminin négatif joué par Demi Moore, en banquière sans scrupule.
  2. Ceci donnerait presque envie d’écrire un article en défense de l’homme blanc de cinquante ans, que les femmes et la société gagneraient à respecter si l’on veut que soit assumés les rôles de pères, responsables d’eux-mêmes et des autres (full disclosure : ceci est un plaidoyer pro domo). Les viragos féministes et les idiots vindicatifs (de type Eric Zemmour, ici, ou Donald Trump aux Etats-Unis), sont en fait des alliés objectifs.
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