2017 : un pouvoir socialiste sans base sociale

octobre 2015

Il est incompréhensible que François Hollande veuille se représenter aux prochaines présidentielles. Le pouvoir socialiste a perdu de si nombreux appuis, de si nombreux relais dans le corps électoral et, plus profondément, dans la société française que cette hypothèse paraît tenir du suicide historique. Il se trouvera certainement des électeurs pour voter François Hollande, mais dans chaque segment de la société, ils seront une minorité.

Pour s’en convaincre, selon une méthode qui a ses lettres de noblesse et qui est plus parlante que l’analyse cartographique à deux sous qui s’est répandue, il suffit de passer en revue les différents groupes sociaux, avec ce que l’on sait de leurs comportements électoraux par les sondages et les résultats d’élections.

La bourgeoisie d’affaires, les “milieux économiques” grands et petits, cette classe qui contrôle les moyens de production, ne votent de toute façon pas à gauche.  Seuls Valls ou Macron pourraient recueillir quelques suffrages isolés, dissidents dans cette section de la société qui en 2007, moins en 2012, s’était reconnue dans le style et les valeurs de Nicolas Sarkozy, le candidat selon son coeur.

L’autre fraction de la bourgeoisie, celle qui a plus de diplômes que de capital, pourrait voter Valls ou Macron, mais en majorité, elle ne votera pas François Hollande, identifié à l’immobilisme économique, aux arrangements tactiques et à la hausse des impôts. Le vote du corps médical sera intéressant à observer. Cette bourgeoisie votera pour la droite modérée ou pour le centre, à ses yeux plus sérieux, plus déterminés à réformer posément le pays.

Dans les classes moyennes du secteur privé, le pouvoir socialiste a perdu de grands blocs de voix, et probablement la majorité dont il y disposait en 2012 – effet conjugué de la hausse des impôts, et, fait important pour ces classes qui investissent beaucoup dans la scolarité de leurs enfants, de la réforme des rythmes scolaires et des programmes des collèges, bâclées et confuses. Elles voteront pour la droite modérée ou pour le centre, séduites elles-aussi par un programme qui passera pour une bonne combinaison de réformes libérales et d’esprit de sérieux. Elle le feront avec la hargne de ceux qui ont vu, contre toute attente,  leurs impôts augmenter alors qu’ils s’estimaient très mal lotis !

Mêmes causes, mêmes effets dans les classes moyennes du secteur public (corps enseignant, fonction publique, fonction publique hospitalière…), à cette différence que l’anti-libéralisme économique y étant répandu, de nombreuses voix se porteront vers des candidatures issues de la gauche radicale (Jean-Luc Mélenchon, Parti communiste, écologistes). Il est aussi probable que la réforme territoriale, tardive et mal conçue, celle de l’Assistance publique qui s’annonce, irritent  beaucoup dans ces milieux.

Quant aux classes populaires “françaises de souche” et assimilées, termes très imparfaits, décriés mais qui correspondent à une réalité sociale1, elles votent en bloc pour le Front National – parti qui leur promet la priorité dans les protections de l’Etat-providence et la défense de la nation sur une base ethnique2. Sur cette thématique, le Front national attirera d’ailleurs des éléments isolés dans toutes les classes de la société – pas la partie la plus saine du pays.

Restent les classes populaires à racines étrangères. Elles voteront peut-être François Hollande s’il est confronté à un candidat de droite provocateur qui les utilise comme bouc émissaire, candidat qu’il n’est pas nécessaire de nommer. Il est aussi possible qu’elles choisissent l’abstention. De toute façon, elles ne “font pas” l’élection.

Dans tous les milieux, le it’s the economy, stupid jouera un rôle dévastateur : malgré les efforts du gouvernement Valls et les lois Macron, le pouvoir socialiste a convaincu qu’il ne pourrait régler le problème du chômage de masse.  Tout à sa tâche de préserver le bloc hétéroclite de 2012 et, en son sein, les équilibres entre factions, il ne peut être décisif.  Le débat sur les 35 heures ou sur les ouvertures des magasins le dimanche, le débat sur le Code du travail montrent que toute une partie de la gauche n’a toujours pas mis le chômage en tête de ses priorités politiques.

Seule une candidature Valls ou Macron, populaires dans le pays mais isolés au sein du Parti socialiste, pourrait modifier ce paysage électoral. L’impact en serait néanmoins limité aux classes moyennes du secteur privé. Les classes moyennes du secteur public, on l’a dit, ne croient en général pas au “Pacte de compétitivité”3.

Une candidature Sarkozy changerait-elle l’équation ? Le Parti socialiste saura agiter l’épouvantail que demeure l’ancien président dans certains secteurs de l’opinion. C’est oublier qu’il saura probablement, le moment venu, se recentrer avec la rouerie qu’on lui connait.

Bref, pas de quoi faire un bloc électoral majoritaire pour François Hollande, pas même de quoi passer le premier tour. La base sociale de 2012 s’est délitée.

 

Serge Soudray

  1. Il est typique de l’époque et regrettable qu’on puisse et doive utiliser ces termes.
  2. A part le démographe Hervé le Bras, à l’aide de raisonnements cartographiques, et donc limités à deux dimensions, personne ne le conteste plus. Selon les estimations des élections de 2014 et 2015, ce serait entre 36 et 49%. Il faut craindre le pire pour 2017. On peut toujours se rassurer en se disant qu’ils votent cependant moins Front national qu’ils ne votaient communiste dans les années 70.
  3. Leur défiance à l’égard de la politique économique actuelle est toute aussi vive que dans le reste de la société, mais pour des raisons opposées et avec les thèmes des Economistes atterrés : défense et promotion du secteur public, “grande réforme fiscale”, renégociation avec l’Allemagne, voire sortie de l’euro - tout un programme !
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