Le PS après Charlie

janvier 2015

Les suites politiques des attentats et des meurtres du début janvier restent encore à mesurer. La cote de popularité du pouvoir socialiste s’est améliorée, mais l’on sait à quel degré inhabituellement bas elle était tombée. L’opinion sait évidemment gré à François Hollande et à Manuel Valls d’avoir su trouver le ton juste, en bons républicains qu’ils sont – et l’on ne regrettera pas que l’épreuve n’ait pas échu à Nicolas Sarkozy, trop mal structuré sur plan intellectuel, trop léger1.

Il reste que la période qui s’ouvre, marquée par un terrorisme islamiste dont les petits soldats sont nés en France et par les signes d’une sécession culturelle dans certains secteurs (minoritaires) de la population de culture musulmane, va ébranler le Parti socialiste au delà de ce qui est dit en ce moment.

Il lui faut d’abord en terminer avec la sensibilité dite “multi-culturaliste” qui a acquis une réelle influence dans sa base et ses échelons intermédiaires (mais pas chez les dirigeants du noyau dur actuel). Manuel Valls, nous l’écrivions au moment de sa nomination, a aussi, et probablement surtout, été choisi pour cette raison. Le feu couvait ; les dirigeants du PS connaissent assez le terrain local pour ne pas l’ignorer. Le temps n’est plus, par conviction ou dans le souci de garantir la paix des cités, aux accommodements avec les revendications communautaristes ni aux complaisances pour la dérive culturelle, soit pour le dire brutalement, avec les horaires de piscines réservés aux femmes et l’antisémitisme comme opinion lamentable mais excusable, …  accommodements et complaisance qui traduisent souvent un mépris et au mieux un paternalisme révoltants pour la jeunesse issue de l’immigration. Espérons que le Parti socialiste saura in fine conduire cette évolution vers un islam intégré, “républicain” comme il est dit en ce moment, gallican aurait-on dit autrefois et plus justement.

Il aura plus de mal en revanche à faire sortir cette jeunesse sous-prolétaire de la relégation sociale. Cette relégation vient, à la marge, des discriminations racistes qui la frappent mais, pour l’essentiel, du fonctionnement spontané du marché du travail : dans une économie qui ne crée plus beaucoup d’emplois, faute de croissance, et moins encore d’emplois accessibles aux personnes très peu qualifiées, la question du sort de ces jeunes est difficile à régler. Les sous-emplois publics ou associatifs (rien de nouveau depuis les TUC) ne sont pas à la mesure du problème, on le saurait sinon,  et servent surtout à dédouaner ceux qui les conçoivent.

Il faudrait un grand effort budgétaire en matière d’éducation et de formation, mais le Parti socialiste, ce grand parti des classes moyennes et des fonctionnaires, n’est pas le mieux placé pour changer les priorités de l’Etat. A réorienter vers les “quartiers populaires”, désignation de convenance on l’admet, les financements de l’Etat social, le Parti socialiste va désorienter sa base électorale.  Il n’est pas surprenant que la dernière conférence de presse de François Hollande ait été, au delà de son ton républicain qui est louable, décevante. Le Pouvoir n’a pas grand chose à proposer en matière de retour à l’emploi. Son logiciel ne lui offre aucune méthode, aucune mesure-choc. Réformer le code du travail, créer un contrat de travail incitant à l’embauche de jeunes, baisser la taxation des plus-values pour relancer la création d’entreprises, baisser les charges sociales (et donc aussi certaines dépenses du modèle social), …., c’est un programme trop libéral, de fait, pour les équilibres sociaux dont est comptable et redevable le Parti socialiste – et nombreux sont ses dirigeants qui l’admettent en privé. Et puis l’exemple de la gauche grecque et peut-être bientôt celui du Podemos espagnol vont exciter la partie gauchisante du Parti socialiste, alors même que la France n’a connu aucune politique d’austérité, et aboutir à paralyser la gauche de gouvernement2.

On peut donc s’attendre à une série de mesures bienvenues contre les discriminations à l’embauche et à la confirmation des baisses de charges pour les bas salaires, CICE aidant, à quelques zones franches de plus peut-être.

Ce sera tout, craignons-le.

 

Serge Soudray

  1. Le manque de structures et de sérieux, le lecteur en trouvera deux exemples consternants dans les pages de Comédie Française, le récit de Georges-Marc Benhamou, consacrées aux discours du Vatican sur la “laïcité positive” et de Dakar sur cet “homme africain qui ne serait pas encore entré dans l’histoire”… : désinvolture et niaiserie !
  2.  Compte tenu des constats faits par les experts, il n’y a rien non plus à attendre d’une réforme des “politiques de la ville”. La rénovation urbaine sans l’emploi, c’est du décoratif.
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