Au coeur du cinéma iranien : Djafar Panahi

février 2014

Djafar Panahi est un réalisateur, scénariste et producteur iranien.  Né le 11 juillet 1960 en Iran, il débute sa carrière comme assistant réalisateur d’Abbas Kiarostami sur le film  Au travers des oliviers.  Cinéaste engagé, il est reconnu comme le réalisateur d’une nouvelle vague iranienne, caractérisé par l’expression de la réalité de la vie de tous les jours dans un cadre naturel et en employant des techniques simples. L’œuvre de Panahi aborde, avec un regard critique, les problèmes de la société iranienne : l’inégalité et l’injustice sociale (Sang et Or, 2003), l’absence de liberté, la condition des femmes (« Hors Jeu », 2006), leur oppression, la prostitution (Le Cercle, 2000), etc.

« Pour que le mal triomphe…il suffit que les hommes de bien ne fassent rien.» Edmund Burke

Panahi remporte la Caméra d’or au Festival de Cannes de 1995 pour Le Ballon blanc, un Léopard d’or au Festival international du film de Locarno de 1997 pour Le Miroir, et un Lion d’or au Festival de Venise en 2000 pour Le Cercle. Il obtient le Prix du jury – Un Certain regard au Festival de Cannes 2003 pour Sang et Or  et un  Ours d’argent au Festival de Berlin 2006 pour Hors-Jeu. Il obtient enfin un Carrosse d’or au Festival de Cannes 2011 pour l’ensemble de son œuvre et l’ Ours d’argent au Festival de Berlin 2013 pour Pardé. C’est dire que les récompenses internationales ne lui manquent pas.  Accusé de propagande contre le régime en 2010, Panahi a pourtant été incarcéré et condamné à six ans de prison avec interdiction de quitter le territoire, de réaliser ou même d’écrire un scénario pour une durée de 20 ans.

Sorti de prison sous caution quelque mois plus tard, les multiples sanctions portés contre lui ne sont pas pour autant levées. En octobre 2011, sa condamnation était confirmée en appel.

Malgré cette répression, Djafar Panahi ne s’est pas démonté : il tourne deux films, dont un documentaire, racontant sa vie de réalisateur assigné à résidence dans Ceci n’est pas un film sorti en 2011, et Pardé, prix du scénario au festival de Berlin 2013. En 2012, avec Nasrin Sotoudeh, avocate iranienne aussi incarcérée pour défendre les « indéfendables » au regard du gouvernement islamique iranien, il remporte le Prix Sakharov, décerné par le Parlement européen, mais c’est sa fille qui doit le représenter lors de la cérémonie de la remise de ce prix.

De battre mon coeur ne s’est pas arrêté

Depuis la condamnation de Djafar Panahi, un mouvement de solidarité internationale s’est formée en sa faveur réunissant des personnalités et des institutions culturelles afin d’obtenir la levée des sanctions qui le frappent. En février 2011, le Conseil de Paris le nomme à l’unanimité citoyen d’honneur de la Ville de Paris, et en 2011 également, le Festival de Berlin le nomme in absentia membre de jury et projette l’un de ses film de en ouverture de chaque section de la programmation. Michael Moore, Steven Spielberg, Robert Redford, Abbas Kiarostami et Juliette Binoche demandent demandé sa libération.

Morteza  Mortazavi, le compositeur et musicien iranien a manifesté sa solidarité avec le cinéaste de façon plus originale en lui dédiant une performance singulière : il a demandé à Djafar Panahi, alors qu’il était encore en prison, d’enregistrer sur un appareil médical les battements de son cœur ; puis avec un instrument à percussion (le tombak) il a composé un morceau de vingt minutes accompagnant le rythme des battements du cœur ainsi enregistrés. Vingt minutes symboliques qui représentent vingt ans d’interdiction d’exercer.

Dans un morceau composé d’une suite des séquences douces et lentes alternées avec des séquences rapides et tumultueuses, Mortazavi évoque l’esprit et l’âme du cinéaste bâillonné et étouffé.

En voici l’extrait : http://www.project-20.org/

Babak Kia

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