Cinéma : Traviata et nous

novembre 2012

“Traviata et nous” est un intéressant documentaire sur le célèbre opéra de Giuseppe Verdi, donné en Aix-en-Provence à l’été 2011 et qui a par ailleurs fait l’objet d’une captation (disponible en DVD). Le metteur en scène fait le choix de ne pas montrer la représentation, mais d’explorer les différentes étapes des répétitions. Le spectateur vérifiera ainsi que la musique de Verdi garde, malgré les années, tout son pouvoir d’émotion, surtout quand chante Natalie Dessay, et que la mise en scène d’opéra est un art minutieux, difficile.

Sous un certain angle, il s’agit autant d’un documentaire sur la Traviata que sur la très célèbre soprano Natalie Dessay et son metteur en scène, Jean-François Sivadier.  Natalie Dessay en ressort encore plus attachante : avec un physique agréable mais sans rapport avec celui des présentatrices de télévision ou des actrices de cinéma, la cantatrice montre tant de talent et de vie qu’elle en supplanterait beaucoup en charme, quand bien même le documentaire la montre habillée sans apprêts, comme pour aller au marché le samedi matin. Le duo qu’elle fait avec le ténor Charles Castronovo, au charisme plus classique, en prend une valeur érotique qui est bien dans l’esprit de Verdi.

Le metteur en scène, Jean-François Sivadier, est lui aussi au centre du film, dans les réglages de la cantatrice ou dans les discussions avec le chœur estonien, et il assume son rôle dans le documentaire avec un certain comique involontaire, notamment quand dans un anglais digne de Maurice Chevalier, il essaye de se faire comprendre de la troupe très cosmopolite. Par comparaison, le chef d’orchestre, Louis Langrée, est au second plan, ce qui est dommage. C’est le principal reproche que l’on ferait au film : les aspects proprement musicaux sont traités de façon sinon superficielle, du moins insuffisante. Les scènes d’explication avec la pianiste italienne qui assure l’accompagnement des répétitions viennent trop tard. Natalie Dessay est la seule à évoquer la difficulté technique du chant, dans une scène amusante où le metteur en scène commande aux chanteurs de faire voir qu’ils sont en train de « jouir », mot répété par le texte du livret. Le travail des coulisses est montré lui aussi, mais de façon trop décorative.

Autre réserve, le film comporte des moments inutilement précieux, qu’il s’agisse des plans de la première scène inspirée des œuvres d’Arman ou des séquences où son et images sont désynchronisés sans qu’on en voie bien l’utilité. Philippe Béziat, le réalisateur, aurait dû s’épargner ces affèteries, et mieux coller au projet de Jean-François Sivadier et de Louis Langrée, les deux architectes du spectacle, et à tout ce que la Traviata recèle de complexités. Peut-être s’est-il imaginé que la Traviata, la “dévoyée” en italien,  cet archétype si souvent joué de l’opéra romantique italien, n’appelait plus de commentaires ni de mises en perspective, alors que ses thèmes, l’hypocrisie sexuelle, la souillure de la prostituée, sont encore lourds de sens.

Il ne faut néanmoins pas bouder son plaisir au nom de ce que le documentaire aurait pu être et d’ailleurs le succès public est bien au rendez-vous, indiquent les journaux spécialisés.

Film documentaire français de Philippe Béziat (1 h 52)

Cassioppée Landgren

 

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