Tunisie révolutionnaire : un riche arrière-plan

septembre 2012

Il serait partial et parcellaire de présenter le rôle crucial qui a été joué par la société civile tunisienne dans le déclenchement de la première révolution populaire du vingt-et-unième siècle, et son rôle décisif actuel dans la lutte contre l’intégrisme « religieux » et ses ramifications internationales, sans rappeler la place particulière de la Tunisie au cœur de la Méditerranée et dans l’histoire des religions monothéistes, place qui a fait de la Tunisie un lieu propice à travers l’histoire à  la diversité, à la tolérance, à l’échange et à l’éclosion de pensées nouvelles révolutionnant les paradigmes et les régimes en place.

La République de Carthage

La Tunisie est héritière de l’une des premières républiques de l’histoire de l’humanité, la République de Carthage.  Cette puissante et brillante civilisation de l’Antiquité dominait la Méditerranée où commerçaient ses flottes et  au bord de laquelle furent fondés d’innombrables comptoirs et cités.  On citera, comme emblème de sa puissance, le célèbre périple de l’armée d’Hannibal Barca qui traversa avec des éléphants les Pyrénées et les Alpes pour s’attaquer à la puissance romaine en 218 av. J-C.   La Tunisie compte bon nombre de grands noms. On citera aussi Hanon l’exploreur des côtes africaines, Magon et ses fameux traités d’agronomie, Hannibal le père des stratégies militaires – dont les stratégies sont encore enseignées de nos jours dans les plus prestigieuses académies militaires américaines -, mais également Hamilcar père d’Hannibal et fondateur de Barcelone. D’autres cités en Espagne furent fondées par les Carthaginois, telle Carthagène qui signifie Nouvelle Carthage.

Une fois conquise par Rome en 146 av. J-C, Carthage devint avec Rome l’épicentre du monde romain, dont elle est devenue le grenier, et auquel elle a donné des empereurs comme  Septième Sévère.  Elle s’appellera « Ifriquia », ancien nom de la Tunisie, et donnera son nom à l’ensemble du continent africain.

C’est donc sans surprise que l’on trouve aujourd’hui en Tunisie d’innombrables sites romains, la plus riche collection au monde de mosaïques romaines au musée du Bardo, le troisième plus grand colisée au monde et le mieux conservé à El Djem à 170 km de Tunis, et d’innombrables autres cités romaines comme Thuburbo Majis ou Dougga, patrimoine mondial de l’Unesco.

Le lieu de rencontre des grands monothéismes

La Tunisie est une terre qui a  un lien particulier et privilégié avec le judaïsme. En effet, les juifs font partie intégrante de l’histoire de la Tunisie depuis plusieurs millénaires.  La Tunisie est ainsi l’un des rares pays vers lequel des milliers de juifs du monde entier convergent chaque année pour un pèlerinage à l’Ile de Djerba au sud de la Tunisie.  Les « Cohanims », qui sont les membres de la classe sacerdotale israélite se seraient, selon les croyances locales, installés sur le territoire de la Tunisie antique consécutivement à la destruction du temple de Salomon par l’empereur Nabuchadonosor II en 586 avant J-C.  Ils auraient, emporté avec eux, dans leurs fuite de la terre sainte, un vestige du temple détruit, qui aurait été conservé au sein de la synagogue de la Ghriba de l’île de Djerba ; c’est ce qui en fait un lieu de pèlerinage jusqu’à aujourd’hui.   De même, les juifs d’Espagne persécutés par les chrétiens suite à la reconquête chrétienne de la péninsule ibérique ont en grand nombre trouvé refuge en Tunisie, avant et surtout après la chute de la ville de Grenade en 1492.

La Tunisie fut également la terre de grands penseurs et théologiens du christianisme. Elle est considérée avec le reste du Maghreb comme la terre ou est né le christianisme occidental latin. Elle fut ainsi la terre de Saint Augustin, auquel on attribue au moins cinquante pour cent de la doctrine catholique, et celle d’autres grands noms comme Saint Cyprien et Saint Tertulien. Elle fut enfin la terre de l’une des plus importantes écoles de pensée chrétienne, l’école des Donatiens.

Pour l’univers musulman, la Tunisie a donné de nombreux penseurs, et notamment Ibn Khaldoun et Al-Jazzar.  C’est à partir de la cité de Kairouan, unique ville sainte d’Afrique du Nord, à 150 Km de Tunis que le Maghreb a été islamisé et que l’Andalousie est devenue, pendant près de huit siècles, musulmane.  C’est à des milliers de Kairouanais et à une femme en particulier, « Oum el Banine », que l’on doit la fondation de la mosquée université des Karaouine à Fès, au Maroc, plus importante mosquée université du Royaume.

Un peu plus au sud de Kairouan, la magnifique cité balnéaire de Mahdia fut la capitale de l’empire fatimide. C’est à partir de cette cité que cent mille cavaliers ont traversé la Libye avec pour mission de fonder une nouvelle ville. Cette ville fut nommée le Caire, capitale actuelle de l’Egypte.  Les fatimides, venus de Tunisie, ont non seulement fondé le Caire en 969 ap J-C, mais également ses plus importantes institutions dont la célèbre mosquée université Al Azhar, référence religieuse pour le Moyen Orient Sunnite.  La référence religieuse pour le Maghreb est la célèbre mosquée université Zitouna à Tunis, capitale de la Tunisie depuis 1159 ap. J-C.

Tunis, non loin de Carthage, est une cité antique dont la présence est attestée depuis le IVeme siècle av. J-C.   Puissante cité du Monde musulman elle est le théâtre de la huitième et dernière croisade menée par le célèbre roi des francs Saint-Louis (Louis IX)  en 1270 ap. J-C.  Les Croisés, venus de toute l’Europe avec Saint-Louis à leur tête, ont assiégé la cité de Tunis pendant presque une année, mais Tunis n’a pas cédé à ses assiégeants, et le siège des Croisés a été levé suite au décès de Saint-Louis devant les remparts de Tunis, victime d’une dysenterie le 25 août 1270.  Une magnifique cathédrale a été construite en l’honneur du roi Saint-Louis à Carthage, à quelques encablures de la ville de Tunis. On peut d’ailleurs y voir aujourd’hui les écussons des grandes familles françaises qui prirent part à cette ultime croisade.

Abolition de l’esclavage et droits des femmes

La Tunisie est également connue à une époque plus contemporaine pour avoir été l’un des premier pays au monde à abolir l’esclavage en 1846.  C’est aussi l’un des tous premiers pays au monde à reconnaitre l’indépendance des Etats Unis d’Amérique en 1795. 

Enfin la Tunisie est également connue pour avoir été, après la fin du protectorat français (1881 – 1956), l’un des pays musulmans à avoir accorder le plus de droits et de libertés aux femmes, révolutionnant ainsi la place de la femme dans le monde arabe.  Les femmes tunisiennes se sont vues reconnaître dès 1973 le droit de disposer librement de leurs corps en ayant le droit à l’avortement en milieu médical pris en charge par l’Etat, Le dispositif juridique tunisien s’est également distingué par l’interdiction de la polygamie et de la répudiation et par la reconnaissance du droit de vote aux femmes dès 1956.

Hannibal

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http://www.contreligne.eu/2012/09/tunisie-une-societe-civile-en-formation-de-combat/

 

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