Les Adieux à la Reine, L’Enfant d’en haut

mai 2012

 Les Adieux à la Reine, Benoit Jacquot

C’est un film pour une fois très abouti que livre Benoit Jacquot, et il semble que le succès critique et le succès public soient tous deux au rendez vous. Adolphe, le précédent film de Benoit Jacquot (2002) dont cet Adieux à la Reine peut être rapproché, tout élégant et bien joué qu’il était, restait froid et empesé – inintéressant. Les Adieux à la reine témoigne d’une tension, de vibrations qui touchent le spectateur.

Le cadre historique, soit les quelques jours qui suivent le 14 juillet 1789 tels qu’ils sont vécus à Versailles, y est pour beaucoup évidemment : au delà du bénéfice qui vient de l’unité de lieu et de temps, le film se leste d’un poids d’histoire et de fureurs qui n’est pas habituels dans les “films d’époque”, genre que revendique le réalisateur dans son interview de Positif (mars 2012).  Un autre aspect  doit être signalé : Benoit Jacquot filme ses talentueuses actrices comme Patrice Chéreau dirige ses acteurs, avec la même intensité, et la pudeur de la critique cinématographique a fait que cet aspect a été passé sous silence : Benoit Jacquot sait filmer, parce qu’il y prend du plaisir, ces jolis corps qui se rapprochent et qui s’étreignent dans une tension érotique qui est peut-être le vrai sujet du film, plus que l’intrigue sentimentale entre les trois femmes clefs du scénario.  Benoit Jacquot a d’ailleurs triché, semble-t-il, faisant de Sidonie, la belle lectrice de la Reine, une jeune fille de vingt ans, et non une quadragénaire, comme dans le roman de Chantal Thomas dont le film est l’adaptation. Par comparaison, la dimension politique est laissée hors champs, comme lorsque Sidonie se glisse dans la salle des Etats Généraux entendre le député Bailly que l’on ne verra pas.

On pourrait lui reprocher ce parti pris mais puisque le film est bon, sans atteindre évidemment, du fait de ce parti, un haut niveau de pensée et de cinéma, la querelle serait déplacée.

 

L’Enfant d’en haut, Ursula Meier

Le monde du ski et de la neige est rarement montré à l’écran. C’est un aspect peu connu et déplaisant que montre Ursula Meier dans son film L’Enfant d’en haut, qui est une sorte de version franco-suisse du Voleur de bicyclette, mais sans l’arrière-plan idéologique des années 50 ni la force des liens familiaux de ces années-là.  Même si le scénario n’évite pas toujours le naturalisme et une certaine lourdeur, le film est réussi au point d’avoir obtenu un ours d’argent au dernier festival de Berlin. Ce succès, il le doit au jeune garçon qui joue le voleur de ski (Kacey Mottet Klein), en parfaite graine de petit voyou, et à l’actrice qui joue celle avec laquelle il partage un petit appartement dans un HLM  suisse, Léa Seydoux, qui trouve là un rôle à l’opposé de la liseuse de Marie-Antoinette, dans Les Adieux à la Reine, sans pour autant perdre de son charisme. Il ya un fonds qui rapproche ce film des 400 coups, son avant-dernière scène étant probalement une authentique citation du film de Truffaut, et peut-être chez la réalisatrice, le talent d’un futur Truffaut.

Cassiopée Landgren

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