Morand et la Collaboration

Morand et la Collaboration

« Morand n’a pas été collaborateur », écrivait à peu près en 1986 à l’auteur de ces lignes une personne dont l’écrivain avait été proche et qu’avait alarmée le titre d’une conférence donnée à l’Alliance française de Baltimore. Il est vrai que dans les trois dernières décennies de sa vie, quand on l’interviewait, Morand prenait soin de minimiser son rôle durant l’Occupation, s’excusant tout au plus d’avoir été un piètre diplomate et assurant ses interlocuteurs, s’agissant de l’extermination des Juifs, « on ne savait rien ». Or, une fois précisé que lui-même préférait le terme « collaborationniste », on verra à la lecture de ce Journal de guerre inédit à quel point il a été impliqué dans les affaires de Vichy et que, sans avoir joué un rôle politique significatif, il partageait pleinement les vues de certains des collaborateurs les plus extrémistes.  Comme l’explique Bénédicte Vergez-Chaignon dans son excellente introduction, l’apparition de ce Journal est une surprise, même pour ceux qui connaissaient bien Morand ou pensaient bien le connaître. Et cependant, dès l’automne 1940, il envisageait de publier, sous le titre de Journal de M....

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Richard Malka et le droit d’emmerder Dieu

Richard Malka et le droit d’emmerder Dieu

Il n’est pas habituel de rédiger intégralement sa plaidoirie, et moins encore de la publier après l’audience, d’autant que les magistrats préfèrent aujourd’hui les observations de 20 ou 30 minutes et qu’on réponde à leurs questions, ce qui oblige à sortir de la rhétorique ordinaire. C’est moins vrai pour l’instant devant les juridictions pénales, et spécialement devant les cours d’assises. Dans sa forme traditionnelle, avec sa durée, ses périodes, la plaidoirie s’y pratique encore. Quand l’affaire a marqué l’époque, ce qui n’arrive pas souvent, la plaidoirie vient proposer au tribunal, au-delà des faits, une interprétation, une moralité à l’intention du tribunal mais aussi de toute la société. Et c’est bien ce qu’a voulu faire Richard Malka en rédigeant minutieusement sa plaidoirie du procès Charlie-Hebdo et en la publiant aujourd’hui chez Grasset, un grand éditeur généraliste, et non chez Dalloz ou Montchrestien. C’est illustrer un genre littéraire tombé en désuétude, au moins depuis Maurice Garçon . C’est aussi l’occasion d’enrichir...

Revisiter l’orientalisme : la présentation de l’art chinois à la création du Musée Guimet

Revisiter l’orientalisme : la présentation de l’art chinois à la création du Musée Guimet

La France est l’un des pays européens qui a la plus longue et la plus riche histoire en matière d’échanges artistiques et culturels avec la Chine. Le XIXe siècle correspond en effet à une période particulière, marquée par la découverte, l’impérialisme et la multiplication des contacts culturels. Le Musée Guimet, le plus célèbre musée des arts asiatiques en France, fondé par Emile Guimet (1836-1918), est le fruit de ce contexte historique. Alors que les visiteurs se bornent à apprécier le contenu du musée, une certaine tradition universitaires s’attache aujourd’hui à replacer ce type de musées dans le contexte de l’impérialisme du XIXe siècle. De nombreuses monographies publiées au cours de ces trois décennies choisissent d’adopter la théorie bien connue d’Edward Said, l’orientalisme, et constatent que ces collections et ces musées reflètent et renforcent l’idée de supériorité politique, économique et culturelle de l’Occident sur l’Orient. Il ne s’agit nullement de nier la réalité de l’impérialisme. Cependant, le cas de Guimet...

Économie

Revenu minimum d’existence, l’impasse politique ?

Revenu minimum d’existence, l’impasse politique ?

On le dit peu mais le revenu minimum d’existence est, dans sa forme moderne, une proposition du néo-libéralisme des années 601. C’est Milton Friedman qui a en a popularisé le concept (s’il ne l’a inventé), dans un livre de 1962, sous le nom d’« impôt négatif », soit une somme d’argent donnée à chaque salarié qui ne pourrait obtenir sur le marché un revenu lui permettant d’arriver au niveau de vie jugé minimum par la société. Les gens fortunés payeraient l’impôt au sens classique, et les nécessiteux auraient un chèque d’« impôt négatif ». L’idée figure toujours au programme des think tanks libéraux....

Politique

Covid et corps intermédiaires : comme un air de désertion

Covid et corps intermédiaires : comme un air de désertion

On l’a beaucoup remarqué : hors les extrêmes, les partis d’opposition font profil bas dans cette crise sanitaire, soucieux de ne pas sembler approuver Emmanuel Macron et le gouvernement, de peur de se couper des électeurs anti-vaxx ou anti-passe, soucieux aussi de ne pas alimenter ce qui est à maints égards une révolte anti-science. Il en est de même des autres corps intermédiaires, cet ensemble flou qui regroupe toutes les institutions privées ou publiques qui assurent, face à l’Etat, l’organisation, la régulation et la représentation d’une profession, d’un secteur ou d’une activité. Partis et CSA, bien mal inspirés Pour...

Culture

En écho, Nino Rota et Serge Prokofiev

En écho, Nino Rota et Serge Prokofiev

Cet automne, faites entrer Nino Rota (1911-1979) dans votre salon ! Non pas sur votre téléviseur – nous ne parlerons pas ici des innombrables chefs-d’œuvre du cinéma italien dont il a composé la musique – mais dans vos enceintes, grâce à l’album Nino Rota : Chamber Music, publié en juillet sur le label Alpha. Musiciens prolifique, avec environ 170 films, 4 symphonies, 11 opéras et 9 concertos, Nino Rota ne fut pas seulement le collaborateur de Federico Fellini mais aussi un grand compositeur du XXème siècle. Parmi ses créations, la musique de chambre a toujours occupé une place à part puisqu’il...